Oct 042012
 
Francois Lebel a célébré le mariage entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, le 2 février 2008

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Ses propos ont provoqué un tollé. François Lebel, maire UMP du 8e arrondissement de Paris, estime dans un éditorial que la légalisation du mariage homosexuel pourrait ouvrir la porte à la polygamie, l’inceste et la pédophilie. Des propos très graves, selon notre contributeur Yves Delahaie, militant MoDem.

Et voilà la question du mariage gay qui revient sous les feux des projecteurs. Le maire du 8e arrondissement de Paris, François Lebel, à qui l’on n’avait bien évidemment rien demandé, a cru bon d’écrire un édito sur le projet de loi ouvrant le mariage aux homosexuels dans son journal municipal du mois d’octobre.

Quand certains y parlent de manifestations sportives, d’éclairage public ou encore du ramassage des ordures, en somme tout ce dont la mairie a à sa charge, d’autres préfèrent étendre leur champ de compétences et commenter un projet de loi. Et d’une façon on ne peut plus polémique, c’est le moins que l’on puisse dire :

“Si le tabou immémorial du mariage hétérosexuel vient à sauter, qui et quoi s’opposera désormais à ce que d’autres tabous le concernant, bien moins anciens, bien moins universels, ne tombent à leur tour ?”

Puis il ajoute :

“Par exemple : comment s’opposer demain à la polygamie en France, principe qui n’est tabou que dans la civilisation occidentale ? Pourquoi l’âge légal des mariés serait-il maintenu ? Et pourquoi interdire plus avant les mariages consanguins, la pédophilie, l’inceste qui sont encore monnaie courante dans le monde ?”

Avant de conclure qu’à titre personnel il ne procédera “personnellement, à aucun mariage de cette nature”.

Il doit être sanctionné

Alors bien évidemment, il n’y a aucune raison qu’un citoyen, élu du peuple de surcroit, et qui sera amené à célébrer des mariages, ne puisse s’exprimer sur ce débat sociétal, même s’il est pour le moins cocasse de le faire dans un bulletin municipal.

D’ailleurs, ce sont souvent les opposants au projet qui souhaitent voir s’ouvrir le débat : Christine Boutin et l’Institut Civitas par la voix de son héraut Alain Escada ne cessent de le réclamer à cor et à cris. Et il est légitime de penser que sur un sujet sociétal l’on puisse en débattre. Mais encore faudrait-il que ce débat ne soit pas biaisé par des amalgames scandaleux qui avaient déjà saupoudré l’épisode douloureux du Pacs.

Et tous ceux qui seraient amenés à soutenir les propos de François Lebel devront être sévèrement sanctionnés, soit par leur parti, soit par la justice si l’homophobie est incontestable. Comme par exemple le CNIP, le Centre national des indépendants et paysans, présidé par le député-maire de Chôlet Gilles Bourdouleix, qui a apporté son “total soutien” au maire du 8e.

Le CNIP, un parti qui vient de rejoindre la nouvelle confédération centriste de Jean-Louis Borloo (UDI)… Quand on sait que toujours à l’UDI, Jean-Christophe Fromantin affirme qu’il ne procédera pas au mariage d’homosexuels en invoquant la liberté conscience, ou encore qu’Edouard Fritch combat ce projet en expliquant qu’en Polynésie la laïcité ne peut s’appliquer au même titre que la métropole, l’on se dit que ce nouveau courant centriste fleure bon l’humanisme.

Confusion entre une identité et une pratique

La démonstration de François Lebel est clairement scandaleuse, mais encore faut-il l’expliquer avec pédagogie. Car il n’est rien de pire que de hurler aux loups sans prendre le temps de démonter la mécanique frauduleuse d’une pensée qui puise sa substantifique moelle dans l’intégrisme le plus crasse.

Cette déclaration est fondée sur une comparaison grossière, qui nourrit traditionnellement la pensée réactionnaire et populiste sur la question, et qui consiste à mettre sur le même plan l’homosexualité, la consanguinité, la pédophilie, l’inceste et la polygamie au nom du “tabou”.

Le mot “tabou” lui-même relève de l’escroquerie sémantique puisqu’il permet d’y ranger n’importe quoi : on peut ainsi estimer que la sodomie est un sujet tabou, que le cocuage l’est aussi, ou encore la pornographie pour ne citer que des thèmes qui ne se circonscrivent pas à une sexualité particulière. Pour autant, ces “tabous” sont légalisés en France, sans que cela ne provoque d’émois susceptibles de remettre en question l’illégalité de l’inceste et des autres délits cités par le maire du 8e.

Mais le plus grave dans les propos de Monsieur Lebel réside dans cette généralisation de certains à confondre ce qui relève de l’identité et ce qui relève de la pratique. Et cette confusion doit être systématiquement dénoncée parce qu’elle contribue à alimenter l’homophobie latente de telles déclarations.

L’homosexualité n’est pas un délit

Ainsi, on ne choisit pas d’être homosexuel de la même manière que François Lebel n’a pas choisi d’être hétérosexuel.

L’homosexualité, qui n’est ni un délit, ni une maladie mentale, comme ce le fut avant 1981 au plus tard, fait partie de “ce que l’on est” et non pas de “ce que l’on fait”. Et si la République n’a pas le droit de différencier selon l’identité des citoyens, elle peut parfaitement légiférer sur les pratiques.

Aussi, il est invraisemblable et fallacieux de mettre sur le même plan l’homosexualité et la polygamie (ne parlons même pas du reste qui touche à la provocation haineuse), l’un étant une identité, l’autre étant une pratique souvent traditionnelle ou simplement grivoise chez d’autres.

Mais le plus grave dans l’histoire, c’est que les propos de Monsieur François Lebel font suite à ceux de Monseigneur Barbarin, puis à ceux de Robert Menard, d’Ivan Rioufol et bien évidemment à ceux d’Alain Escada de l’Institut Civitas, l’initiateur et le distributeur officiel des arguments d’un débat vérolé.

Ceux qui pensaient que l’intégrisme catholique n’avait aucune influence en France peuvent passer au mea culpa : il n’est pas plus venimeux qu’un venin qui se distille sans que l’on n’y prenne garde.

Yves Delahaie
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/641426-mariage-gay-lebel-le-maire-ump-qui-derape-et-pourrit-le-debat-a-quand-la-sanction.html

 

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