Nov 122012
 
Christine Boutin donne une conférence de presse au moment de la campagne présidentielle de 2011

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Le projet de loi pour le mariage pour pour tous a été validé par le gouvernement. Pour certains opposants, les éléments de langage invoqués sont toujours les mêmes. Pour Yves Delahaie, auteur de “Mariage gay – La Croix et la bannière” (qui sort cette semaine aux éditions Golias), quand bien même on serait contre le mariage gay mais pas homophobe, les arguments à avancer seraient minces.

Alors que le débat sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels n’avait même pas débuté, les opposants qui préparaient déjà leur campagne avaient déjà prévu que l’on allait les taxer d’homophobes. Avant même que toute hostilité n’ait été lancée. Par instinct. Christine Boutin avait même exprimé son ras-le-bol d’être taxée d’homophobes, évoquant des vacances avec des “amis homosexuels”.

Alain Escada de son côté n’avait pas dit autre chose sur France Culture le 13 juillet dernier :

“Nous ne manquerons pas dès la rentrée de septembre de mener comme il se doit une campagne vers les Français destinée à libérer la parole des Français et à leur permettre de s’exprimer sans craindre l’accusation d’homophobie”.

Il faut dire que la campagne du PaCS avaient laissé quelques cicatrices et quelques slogans que la postérité retiendra comme homophobes, comme “les pédés au bûcher” ou “Pas de neveux pour les tantouses“, n’en déplaisent à ceux qui prétendent ne pas les avoir entendus dans le défilé qu’ils avaient emprunté.

Homophobie qui ne dit pas son nom

Aujourd’hui, l’argument est brandi de manière quasi-pavlovienne par les opposants même du projet avant que de n’avoir été même soupçonné de pareil forfait comme le fit ainsi Ivan Rioufol quand il débattit avec Caroline Fourest, provoquant la remarque amusée de cette dernière : “il n’a même pas été encore accusé qu’il y répond déjà !” :

Gimmick du débat à venir, le “on peut être contre le mariage homo sans être homophobe”, est devenu une arme rhétorique, condamnant l’interlocuteur à ne jamais se référer à pareil argument sous peine d’être abominablement réducteur ou pire de vouloir esquiver le débat à grands coups d’anathèmes. Le bourreau est donc devenu la victime par la grâce de l’antithèse : “vous n’allez tout de même pas m’accuser d’homophobie ?”

Le problème, car problème il y a, c’est que jusqu’à présent, les opposants au projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels n’ont jamais fait autre chose que de brandir, de manière consciente ou inconsciente l’homophobie la plus primaire, et aujourd’hui, il n’y a guère eu de raisonnement suffisamment brillant pour faire l’économie d’une quelconque homophobie.

Attaques frontales

Alain Escada, le président de Civitas, est certainement le plus gonflé de tous. Fervent de la Fraternité Pie X, branche intégriste qui fait d’elle l’une des moins tolérantes de l’Église, le Belge n’a pas son pareil pour manier l’ironie, quand il déclare dans la banlieue lilloise, le 18 octobre dernier, devant une assemblée presque entièrement acquise à sa cause : “dans ce débat, il n’est pas question de mépriser qui que ce soit”, surtout quand le bibliothécaire bruxellois a pris soin d’enfiler comme des perles, durant près d’1h30, des expressions, qui, s’il ne les estime visiblement pas méprisantes, n’en demeurent pas moins odieuses puisqu’il évoque pèle-mêle “un droit qui déroge à la norme humaine”, “des exigences contraires au simple bon sens” qui “défigureraient la nature de la famille”, des “individus homosexuels” et leur “comportement déviant”, etc.

Et que dire de cet autocollant, conçu par Civitas, qui à l’image, reprise à la “Une” de Minute (c’est dire…) ajoute le doucereux et si bienveillant emploi du démonstratif composés “ces gens-là” ?

D’autres tentent d’être plus subtils.
Christine Boutin prend, elle, la posture de la femme qui a changé, qui “a un ami homosexuel” et explique que, si cela ne tenait qu’à elle, et sa générosité, elle voterait ce projet de loi. Seulement voilà, elle serait envahie par…sa passion :

“Je pense que lorsque l’on pose une question aux Français sans avoir organisé un débat au préalable sur les conséquences d’une pareille décision, ces derniers laissent parler leur générosité. Moi aussi, je n’aime pas voir les gens souffrir. Je comprends que par affectif, par sensibilité ou par souci de l’autre, les Français puissent répondre oui”, confie-t-elle d’abord au Parisien. “Qui ne répondrait pas à la souffrance de l’autre”, renchérit-elle face à Ruth Elkrief sur BFMTV en marge de la Gay Pride en juin dernier…

Créer des divisions là où il n’y en a pas

Pour autant, quel argument utilise-t-elle pour montrer la dangerosité de la loi, si ce n’est celui qui estime que l’homosexualité ne relève pas de l’ordre naturel quand elle déclare que “l’homoparentalité est une tromperie” ou encore que “l’enfant a besoin d’avoir un homme et une femme pour pouvoir exister. Est-ce qu’une société doit se construire sur une exception, je ne pense pas” ?

La religion musulmane n’est pas en reste puisque le CFCM rappelle qu’il condamne fermement tout acte homophobe … tout en expliquant aussi que le mariage résulte de la fondation d’une famille stable sous la direction des deux époux, sous-entendant donc que le couple homosexuel ne répond pas à ces critères… On lutte contre l’homophobie tout en perdurant à véhiculer les clichés à grands coups d’arguments d’autorité régis par les textes sacrés.

Est-il enfin nécessaire de rappeler l’argument dit “de bon sens” qui explique que le mariage a toujours été entre un homme et une femme fondé sur l’anthropologie, donc et cher à Eric Zemmour, revient à dire que les homosexuels sont différents des hétérosexuels de par la nature et que le droit français est censé reproduire cette différence nie le pilier central de notre République – l’égalité –, et fait d’une orientation sexuelle un particularisme ce que la République, encore elle, ne différencie nullement ? Dire aux homosexuels “vous êtes à part” ne relèverait-il donc pas de l’homophobie ?

Alors, les opposants au mariage pour tous ne seraient, soi-disant, pas tous homophobes… Soit. Mais sans doute faudra-t-il avancer d’autres arguments samedi et dimanche prochains dans la rue, pour tenter de convaincre du contraire…

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