Feb 142013
 
Czech Republic - Gay et paix (Caroline Vigent)

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Durant les dix années qu’il a passé au Château de Prague, le président tchèque sortant ne s’est jamais lassé de s’en prendre à ce qu’il appelle l’« homosexualisme », s’opposant méticuleusement à tout ce qui pouvait faire progresser les droits des homosexuels et leur image dans la société. Mais rien n’y a fait. Car durant les dix années qu’a duré son mandat, ceux-ci ont connu une évolution sans précédent. Et même si la performance reste à minimiser quand on joue dans la même catégorie que la Slovaquie et la Pologne ultracatholiques – dont les Parlements ont rejeté en bloc l’an dernier l’instauration d’un partenariat civil -, les Tchèques sont devenus des pionniers en Europe centrale.

Ils ne partaient pourtant pas avec beaucoup d’avance, si ce n’est un début d’émancipation dans les années 30 et la naissance d’une association militant pour la décriminalisation de l’homosexualité. Un espoir réduit à néant par l’arrivée des nazis et l’instauration du protectorat de Bohême-Moravie. L’objectif est finalement atteint en 1961, sous le communisme, grâce au médecin Kurt Freund, capable de démontrer que l’homosexualité n’est pas une maladie et qu’il ne s’agit donc pas de trouver un traitement. Cela n’empêchera pas le régime, quatre ans plus tard, de provoquer un scandale en expulsant du territoire tchécoslovaque le poète américain Allen Ginsberg, accusé d’avoir eu une relation avec un étudiant pragois. Mais au moins, la prison n’est plus une menace. « Au cours des années 60 et 70, les homosexuels qui insistaient sur leur liberté de vivre selon leur choix devaient sacrifier leur statut social », note sur Radio Prague Jan Seidl, auteur du livre « du cachot à l’autel ».

Le changement intervient après la chute du communisme en 1989, avec, déjà, la prise en compte de la revendication principale des homos dans les années 80 : l’abolition de la différence de majorité sexuelle, qui était de 15 ans pour les hétérosexuels et de 18 ans pour les homos. Puis, la création de nombreuses associations donne le coup d’envoi à une émancipation fulgurante. Point culminant : 2006 et l’entrée en vigueur du « partenariat enregistré ». Václav Klaus tente bien de s’y opposer, fort de son véto présidentiel. Mais il est battu. Ouvert uniquement aux couples de même sexe, cette union leur permet d’inscrire leur relation dans l’état civil, d’avoir accès aux informations sur l’état de santé de son partenaire et de jouir des droits d’héritage. Dans la région, les Hongrois seront les seuls à suivre, un an plus tard.

Homosexualité chez les Roms

Forte de cette victoire, l’Initiative des gays de République tchèque est comblée : « Nous avons décidé, après dix-sept ans d’activité, de nous arrêter là, annonça alors son président, Jirí Hromada. Arrêter avec la satisfaction de voir que presque tous nos projets ont été réalisés : les lois qui défendent l’égalité entre les minorités gays et lesbiennes et les hétérosexuels (surtout le partenariat) ainsi que les progrès dans les mentalités… » Depuis, selon un sondage réalisé en 2012 par l’institut d’études sociologiques de l’université Charles de Prague, 79% de la population est favorable au partenariat enregistré. Un succès indéniable, d’autant que des voix s’élèvent pour qu’il soit ouvert aux couples hétéros…

Dans le même temps, selon une autre enquête (du centre d’études de l’opinion publique datant de l’an dernier), 23% de la population ne veut pas avoir d’homosexuel pour voisins.« Me dire que presque un quart des Tchèques ne voudraient pas que je vive à côté d’eux à cause de mon orientation sexuelle me fait un peu peur, réagit Hagal, 23 ans, sur le site nakluky.cz. Mais une amélioration de 2% par an [en 2003, ils étaient 42% à éprouver des réticences, un chiffre en baisse constante depuis, ndlr] est plutôt satisfaisante. Il est clair que l’on parle davantage de ce sujet et les gens qui rencontrent des homosexuels changent rapidement d’avis sur eux, et dans le bon sens ».

Prochains combats pour les héritiers de Jirí Hromada : le mariage pour tous (54% d’opinions favorables dans la population) et l’adoption par des couples de même sexe (40%). Mais également l’homosexualité chez les Roms. Les sujets ont été abordés depuis l’organisation de la première Prague Pride, en 2011. Les Jeunes Chrétiens-démocrates, tout comme Dominik Duka, archevêque de Prague et contempteur d’un « style de vie libéré ni responsable ni digne ni beau », n’ont pas apprécié. Petr Hájek, un collaborateur de Klaus, s’est aussi lâché : « La gay pride promeut un monde dans lequel la famille ne joue plus aucun rôle, dans lequel un multiculturalisme monstrueux dévore les racines culturelles et les traditions nationales, dans lequel les déviations sexuelles sont élevées au rang de vertu, l’anormalité à celui de norme et la destruction de la société au rang de Saint progrès », s’est-il insurgé dans les colonnes du Parlamentní listy.

 

 

Caroline Vigent

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